« Où fini mon terrain », c’est une question que beaucoup de propriétaires fonciers sont à même de se poser. Connaître ses limites…de propriété…peut s’avérer nécessaire pour certains et secondaire pour d’autres. Comme je l’ai exposé dans mon article précédent, il existe deux types d’opération d’arpentage qui répondent au besoin de délimitation d’une propriété, soit le piquetage ou le bornage. Le but de mon article est de démystifier davantage le piquetage. Vous comprendrez mieux l'ampleur des travaux qui découlent d'une question d'apparence simple : « Pourriez-vous venir poser les bornes sur mon terrain? ». Aussi, comment réagiriez-vous si je vous disais qu'une fois mes travaux exécutés, il est possible que je ne puisse pas poser de « bornes » aux coins de votre terrain, et, que je vous remette tout de même une facture. Surprenant, mais bien vrai! Attendez que je vous explique...

 

Dans le jargon des arpenteurs-géomètres, le piquetage est une opération de délimitation contractuelle unilatérale entre l’arpenteur-géomètre et son client au court duquel l’arpenteurgéomètre émet son opinion sur la position des limites d’un terrain. En d’autres mots, un client qui me contacte pour cette opération d’arpentage le fait afin de connaître mon opinion sur l’emplacement des limites de sa propriété, opinion que je matérialise par la pose de repères d’arpentage, faussement appelé des « bornes », aux coins de son terrain. Attention, les bornes sont les monuments posés dans le contexte d’un bornage, opérations d’arpentage de délimitation qui fera l’objet de mon prochain article. Quand on parle de piquetage, il s'agit d'une opinion sur une limite de propriété. Cela veut dire que si vous engagez deux arpenteurs-géomètres pour délimiter votre propriété, il se pourrait bien que ceux-ci n’arrivent pas aux mêmes conclusions (opinions) quant à l’emplacement des repères à planter aux coins de votre terrain. Cependant, soyez sans crainte, car dans la majorité des cas, les écarts d’opinions entre les arpenteurs-géomètres sont minimes et ne valent pas la peine d’en parler. En revanche, les règles de la pratique sont très claires en cas de divergence d’opinions entre deux arpenteurs-géomètres. Ceux-ci doivent entrer en communication afin de trouver un terrain d’entente.

 

Aussi, vous devez savoir que le piquetage est valable pour le seul bénéfice du client ou de son mandant. Cette disposition tirée du Règlement sur la norme de pratique relative au piquetage et à l’implantation signifie que l’endroit où je plante les repères aux coins de votre terrain est contestable par votre voisin. Donc, la position d’un repère planté peut être contestée par votre voisin s’il est convaincu que l’emplacement de ce repère ne respecte pas ses prétentions à titre de propriétaire. S’entêter à poser un repère dans un tel contexte aurait pour conséquence d’attiser l’animosité entre deux voisins, on appelle ce geste un « trouble de possession ». En cas de trouble de possession, la marche à suivre est stricte. Elle consiste à cesser l’opération, à ne pas poser de repère et à dresser un rapport expliquant la situation problématique. Notez que l’opération sera réputée complétée et une facture accompagnera le rapport de l’arpenteur. Pour que le client puisse connaître ses limites de propriétés, un bornage sera alors nécessaire et devra obligatoirement faire intervenir le concours du voisin. Vous comprenez maintenant pourquoi une facture pourrait être émise sans pour autant que les limites de propriété soient clairement connues.

 

Avant de terminer, j’aimerais vous partager quelques conseils. Il n’est pas toujours évident de choisir par téléphone un arpenteur-géomètre pour délimiter sa propriété. Voici quelques points qui devraient être abordés par votre arpenteur-géomètre lorsque vous êtes en démarchage :

1- Il vous demande les raisons pour lesquelles vous voulez connaître vos limites de propriétés

2- Il vous demande l'état de vos relations avec votre voisinage

3- Il prend le temps de vous expliquer les différences entre le piquetage et le bornage

4- Son offre de service est claire et vous informe sur les issus possibles d’une opération de piquetage

5- Il fait une analyse préliminaire pour connaître la nature (ex: boisée) et l'étendue de votre propriété (Google maps, Carte interactive de la municipalité ou de la MRC)

6- Demandez-lui s’il arrive parfois qu’il se déplace lui-même sur les lieux lors de l’opération de délimitation, lorsque nécessaire

7- Il vous demande une confirmation de mandat par écrit ou courriel dans laquelle sont spécifiés, les conditions de rémunérations (horaire ou forfait), l'échéance, la nature, le but du travail et une retranscription de toutes autres ententes verbales que vous avez convenu au préalable par téléphone

J’espère vous avoir éclairé davantage au sujet du piquetage et vous avoir fourni des conseils vous aidant à choisir votre arpenteur-géomètre. Le sujet de la délimitation est pratiquement inépuisable. Je ne prétends pas avoir fait le tour de la question, loin de là! N’hésitez pas à me contacter pour de plus amples renseignements à ce sujet ou simplement pour connaître vos limites!
 
 
Richard Thibaudeau, associé principal

Arpenteur-géomètre et ingénieur forestier